On verse un Ricard sur des glaçons, on complète à l’eau fraîche, et on se dit que ce n’est « qu’un apéro ». Le voisin, lui, sirote un whisky sec. La question revient souvent : le pastis serait-il plus nocif pour le cerveau que d’autres spiritueux ?
C’est la quantité d’alcool pur ingérée qui abîme les neurones, pas l’étiquette sur la bouteille. La réponse longue mérite qu’on ouvre le capot.
Ricard et whisky : comparer le grammage d’alcool pur, pas le goût
On oppose souvent le Ricard au whisky comme s’il s’agissait de deux familles de risques distinctes. En pratique, un verre de Ricard servi généreusement et un double whisky délivrent une charge d’éthanol très comparable en grammes. C’est ce « grammage d’alcool pur » qui détermine l’agression subie par le cortex préfrontal et l’hippocampe.
Les travaux qui relient la consommation d’alcool à l’atrophie cérébrale, notamment la réduction de la matière grise, mesurent toujours la quantité d’alcool pur, jamais le type de spiritueux. Le Ricard titre à 45 %, le whisky tourne autour de 40 à 43 %. La différence de quelques degrés est anecdotique comparée à la taille du verre et au nombre de tournées.

Pour un apéritif standard (un Ricard dosé au bouchon, allongé d’eau), la portion d’alcool pur est proche d’un verre de vin ou d’un demi de bière. Le piège, c’est le surdosage : un pastis « bien tassé » peut contenir deux à trois fois plus d’éthanol qu’un verre standard, et à ce moment-là, l’effet sur le cerveau dépasse largement celui d’un whisky mesuré.
Glycyrrhizine du pastis : un risque vasculaire cérébral en plus de l’éthanol
Là où la comparaison cesse d’être un simple match de degrés, c’est la réglisse. Le Ricard et la plupart des pastis contiennent de la glycyrrhizine, un composé extrait de la racine de réglisse. Cette substance provoque, en cas de consommation régulière et soutenue, une hausse de la tension artérielle et une chute du potassium sanguin (hypokaliémie).
On sait que l’hypertension chronique est un facteur de risque majeur d’accident vasculaire cérébral et de déclin cognitif sur le long terme. Avec le pastis, on cumule donc deux vecteurs de dommage cérébral :
- L’éthanol, qui perturbe les réseaux neuronaux (GABA, glutamate, dopamine) et réduit progressivement le volume cérébral avec une consommation répétée.
- La glycyrrhizine, qui agit sur la pression artérielle et l’équilibre électrolytique, indépendamment de l’alcool.
- L’association des deux, qui amplifie le risque vasculaire cérébral chez les buveurs réguliers de pastis par rapport aux buveurs de whisky, de vodka ou de rhum, à quantité d’alcool égale.
Le whisky, le gin ou la vodka ne contiennent pas de glycyrrhizine. Sur ce point précis, le Ricard présente un facteur de risque supplémentaire que les autres spiritueux n’ont pas.
Effet de l’alcool sur le cerveau : plus de dose sûre selon les données récentes
On a longtemps cru qu’un ou deux verres par jour ne posaient pas de problème pour la mémoire et les fonctions cognitives. Les synthèses publiées depuis 2023-2024, portées par l’OMS, le Lancet et des organismes comme Santé publique France ou l’INSPQ, convergent vers une conclusion différente : le moindre verre d’alcool est associé à un risque accru de démence et de troubles cognitifs.
Cette conclusion ne distingue pas le pastis du whisky. Elle porte sur l’exposition globale à l’éthanol. Les repères anciens de « deux verres par jour, pas tous les jours » sont en cours de révision à la baisse dans plusieurs pays.
Pour la santé du cerveau sur le long terme, la variable qui pèse le plus lourd reste la fréquence et la quantité cumulée de consommation. Un buveur modéré de Ricard qui respecte les doses standard expose son cerveau à un risque comparable à celui d’un buveur modéré de whisky, au facteur glycyrrhizine près.
Mémoire, troubles cognitifs et syndrome de Korsakoff
À consommation chronique élevée, l’alcool, quelle que soit sa forme, peut provoquer des troubles de la mémoire sévères. Le syndrome de Korsakoff, lié à une carence en vitamine B1 aggravée par l’alcool, touche des buveurs de bière comme des buveurs de pastis. Le type de boisson ne protège pas du Korsakoff, seule la quantité d’alcool et l’état nutritionnel comptent.
Les symptômes précoces (oublis fréquents, difficulté à planifier, ralentissement de la pensée) apparaissent bien avant le stade Korsakoff. On les repère souvent trop tard parce qu’on les attribue au stress ou à l’âge.

Pastis et santé : les réflexes concrets pour limiter les dégâts
Si on boit du Ricard, quelques précautions pratiques réduisent l’exposition cérébrale sans exiger l’abstinence totale (même si les données récentes vont dans ce sens).
- Doser au bouchon verseur et compléter avec un grand volume d’eau, pour rester proche d’un verre standard d’alcool pur.
- Espacer les prises : ne pas enchaîner plusieurs pastis dans la même soirée, ce qui fait grimper la charge d’éthanol et la dose de glycyrrhizine.
- Surveiller sa tension artérielle, surtout en cas de consommation régulière de boissons anisées, pour détecter tôt un effet de la réglisse.
- Alterner avec de l’eau plate entre deux verres, un réflexe basique qui ralentit l’absorption.
Les retours varient sur la perception du risque : beaucoup de consommateurs considèrent le pastis comme « léger » parce qu’il est dilué, alors que le Ricard reste un spiritueux à 45 % avant dilution. La dilution dans l’eau ne supprime pas l’alcool, elle le répartit dans un plus grand volume de liquide.
Au bout du compte, poser la question « Ricard ou whisky, lequel est pire pour le cerveau ? » revient à comparer deux véhicules lancés à la même vitesse sur le même mur. Le pastis ajoute un passager supplémentaire, la glycyrrhizine, qui aggrave le risque vasculaire. Pour le reste, c’est l’éthanol qui mène la danse, et le cerveau ne fait pas la différence entre un alcool anisé et un single malt.

